Dans le monde, on peut rencontrer des pêcheurs, des aquariophiles, des ichtyologues, des squalomanes, des salmonolâtres… mais pas à l’Université de Trou-les-Pommes. En fait, on n’y connaît pas grand chose en poisson. Par contre, ce qui nous titille les neurones, c’est la diversité, la joyeuse et un peu bordélique diversité de la vie. Et pour ça, les poissons, ils sont champions! Ils fallait donc leur consacrer un numéro.
Oh, mais, la biodiversité, c’est du sérieux, ça, répondront les savants à barbichette et les prôfesseurs assermentés, et puis la classification phylogénique, c’est pas du tout bordélique, rajouteront-ils, fiers de leurs certitudes. Oui, ça, c’est moins sûr, parce que dès qu’on va chercher la petite bête dans la classification, on s’aperçoit, que… bon, enfin, nous, on a préféré en inventer une nouvelle, de classification, la classification poéto-nommistique. c’est plus drôle.
Allez, lecteur, jette-toi à l’eau et joyeuse lecture! On en a bien besoin…

C’est quoi un poisson?

Quoi, lecteur_? Tu savais déjà ce qu’est un poisson_? Et bien tu es un petit veinard car les meilleurs spécialistes de la vie marine, eux, ils savent pas… Enfin, surtout, ils savent que les poissons, ça n’existe pas. Hé non… C’est à s’en mordre les nageoires_!

Rends-toi au prochain congrès mondial d’ichtyologie et tu verras_: pas un des savants barbus s’exprimant à la tribune ne prononcera le mot poisson (ou «fish» parce que ça fait toujours mieux de causer anglais) , ou alors pour faire rire son auditoire. Il vous dira Ostéichtyen, Chondrichtyen, vous parlera de Téléostéens, d’Halécostomes, débattra sur les Actinoptérygiens, Chondrostéen ou Ginglymodes, mais rien sur les poissons.
Les poissons n’existent pas. C’est à cause de l’évolution.

Les premiers vertébrés, les plus «primitifs» sont les Myxinoïdes, représentés aujourd’hui par des sortes de vers marins mangeurs de cadavres, les myxines. Malgré leur allure primitive, ces myxines sont tout de même pourvues d’une chorde dorsale et d’un semblant de crâne (pour certains ce ne sont donc pas tout à fait des vertébrés). Une autre branche des vertébrés est celle des Pétromyzontides, les lamproies, des bestioles à bouche ronde garnie de dents, de véritables vampires aquatiques, descendents des lointains agnathes du silurien ou poissons sans mâchoire.
Avec un squelette un peu plus développé, mais entièrement en cartilage, vous avez les Chondrichtyens qui regroupent les requins et les raies. Si le squelette est en os, c’est qu’il s’agit d’un Ostéichtyen, littéralement «poisson en os». Le souci, c’est qu’au bout d’une des branches d’ostéichtyen… il y a nous.
Donc nous faisons partie des «poissons en os»_!

Pour éviter d’être ridicules, les évolunologues ont préféré avancer que les poissons, en fait, ça n’a pas de sens. Ce que l’homme de la rue (et son poissonnier) nomment «poisson» est en fait soit un actinoptérygien, soit un chondrichtyen. À moins que ça ne soit un sarcoptérygien, comme le Cœlacanthe, vous savez, ce «poisson» avec quatre nageoires comme des pattes… Oui mais alors nous aussi, on est des sarcoptérygiens…

Si vous avez au bout des nageoires, des rayons plutôt que des os, vous êtes donc un actinoptérygien. Vous appartenez alors à l’une des cinq familles de ces zozos-là: Les cladistiens, qui ont des nageoires en formes de plumes. Les chondrostéens sont ceux dont le squelette est encore en partie en cartilage, les lépisostéens et les Halécomorphes ont le corps en partie recouvert de plaques osseuses. Tous sont les derniers représentants de lointains ancêtres qui furent prospères. L’écrasante majorité des «_poissons», et même des vertébrés, ce sont les téléostéens.
Donc dans votre assiette, le bout de truite ou de colin noyé dans sa sauce au beurre, ce n’est pas du poisson, mais du téléostéen_!

Le numéro 17 Ichtyo-folies peut se commander